LE CHATEAU DE PADIES

18 août 2017

Le château de Padiès se trouve à 2 km à l’ouest du village de LEMPAUT; sa masse, cachée au milieu d’un épais feuillage, ne se détache nullement à l’horizon, et le flâneur solitaire découvre soudain, au détour d’un petit chemin, une tour ronde, effleurée de temps en temps par les branches d’un ormeau.

Le bâtiment a une longueur de 21 m, une largeur de 13.60m avec deux grosses tours d’angle rondes, placées en diagonale; l’une d’entre elles, située à l’arrière de l’édifice, a un aspect délabré, depuis son effondrement en 1960.

L’ensemble du château remonte au XIII è et XIV è siècle, à l’exception de la façade, de style typiquement renaissance; celle-ci formée de briques roses comme les tours, et ornée de magnifiques fenêtres à meneaux dont les encadrements sont embellis de fastueuses moulures, l’une d’elle porte à sa base deux têtes taillées dans la pierre, représentant sans doute le seigneur De Padiès et son épouse, restaurateur du château en 1617.

Dans la cour d’honneur, des marronniers offrent une ombre agréable, et des allées de buis zigzag à travers les arbres.

Le château de Padiès ne semble avoir joué un rôle militaire important que durant les guerres de religion; place forte des catholiques il était entre les mains de Pierre II De Padiès, lorsque les protestants et les consuls de Puylaurens résolurent d’aller l’attaquer; après un simulacre de combat devant Saint-Girma (Saint-Germain-Des-Prés à 5km de Puylaurens) pour donner le change, l’ennemi se précipita sur le château le 6 juin 1577, jour de la Fête-Dieu; Pierre de Padiès, assisté d’Adrien de Renc, seigneur de Saint-Ferriol, avait organisé à la défense du lieu avec 40 soldats et quelques paysans; d’après un compte-rendu fait à Toulouse le 3 janvier 1587; par le baron d’Ornolac, frère de Madame de Padiès, les défenseurs « ont très bien combattu » : en dépit de plusieurs brèches ouvertes par l’artillerie dans l’enceinte du château, plusieurs assauts furent violemment repoussés, submergés par le nombre, le seigneur de Padiès se donna la mort en faisant sauter ses réserves de poudre, ce qui occasionna de lourdes pertes aux assaillants; le reste de la garnison fut totalement anéanti. Le pillage fut « grand et assez considérable »; après l’incendie du château. « La femme dudit seigneur et ses enfants ont été amenés à Puylaurens » où ils se convertirent à la religion réformée; leurs biens furent affermés « au profit de la cause » par contrat du 9 juillet 1580. Malheureusement les documents ne nous ont transmis que les péripéties de ce seul combat; à peu près à la même époque le propre cousin du seigneur de Padiès; François de Padiès, gouverneur de la Bruguière, était situé au siège de cette ville, le 1er février 1570; dans son restaurant; établi à Paris le 10 juin 1565, il léguait la somme de 15 livres tournois aux pauvres du consulat de LEMPAUT, et celle de 5 livres tournois aux pauvres de Viviers-Les-Montagnes.

Au XVIè siècle, la famille de Padiès possédait la seigneurie de Lempaut « depuis un temps indéterminé »; originaire de Padiès en Albigeois, son installation daterait au moins de la fin du XVè siècle, peut-être même du XIIIè siècle, en effet Gaillard de Padiès avait fondé en 1497la chapelle Saint-Anne dans l’église paroissiale et l’avait doté d’une rente. Cette famille de Padiès quelle que soit l’époque précise de son arrivée dans le diocèse de Lavaur, participa activement au relèvement économique de cette région, entièrement ruinée, à la fin du XIVè siècle, de nombreux immigrants s’installèrent sur les grandes étendues encore désertes du consulat de Lempaut; d’actifs défricheurs accomplirent de multiples travaux de déboisement dans la vaste forêt de chênes couvrant alors les plateaux; certaines terres, périodiquement inondées par les eaux du sort, furent assainies.

De ces défrichements, sont issus des mazatges « petits hameaux épars dans la campagne » et des bories ou métairies, cultivées par une famille; évidemment, il fallait avoir d’importantes sommes d’argent pour créer et équiper, bâtiments et cheptels des bories. Les groupe de défricheurs vu l’extrême pauvreté des paysans du consulat, étaient payés par de riches marchands ou bourgeois originaires de Puylaurens, de Revel ou de Castres; toutefois les premières créations de bories furent l’œuvre du seigneur de Lempaut, qui semble avoir disposé de capitaux importants. Cependant la seigneurie de Lempaut ne rapportait que de médiocres bénéfices à la famille de Padiès : d’après une déclaration de 1554, elle percevait chaque année pour son droit de « taste » (prélèvement en nature sur les récoltes) et de « cencives » (redevances en argent ou en volailles) que de minimes redevances qui étaient tombées en désuétudes vers la fin du XVIè siècle.

En revanche, en 1585, le seigneur de Lempaut avait établi, dans le consulat; un ensemble de sept métairies -le domaine du château- exclus conquises, soit sur les étendues marécageuses en bordure du sor, soit en défrichant la vaste couverture forestière, dont il ne reste plus grand chose de nos jours. En 1694, le seigneur de Padiès imposa à son meunier la plantation de 40 peupliers, chaque année, sur les bords du Sor. Au cour du XVIIIè siècle, le seigneur de Padiès semble avoir connu des difficultés financières, le château était habité par Pierre IV De Padiès, qui avait épousé Claire de Villette; en 1789, il partira aux réunions de la noblesse du Toulousain; durant la révolution, quoique très âgé, ils furent frappés de réclusion dans leur château; un représentant du peuple les fit mettre en liberté. Mme de Padiès disparut peu de temps après, son époux avait 82 ans. Après la tourmente révolutionnaire s’est perdue la trace de la famille de Padiès. Le château fut vendu à la famille Fabre, revendu récemment et en cours de restauration.

Le château de Padiès a eu souvent la visite du Comte de Las Cazes, mémoraliste de Napoléon Ier, et né tout près de Lempaut, sur le territoire de la Commune de Blan.

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